Près d’un accident de la route sur dix associé à l’utilisation du téléphone au volant

06 mai 2011

Parmi les facteurs susceptibles d’altérer les capacités de conduite et provoquer des accidents, la distraction au volant fait l’objet d’une attention grandissante et, en particulier, la distraction liée à l’usage de systèmes de télécommunication. Le développement exponentiel et rapide des téléphones mobiles utilisés par tous dans toutes les situations de la vie quotidienne ainsi que la construction de véhicules de plus en plus équipés de systèmes de télécommunication justifient cette préoccupation.

Informations complémentaires

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Consulter le rapport d’expertise collective (6,0 Mo)

La Délégation à la sécurité et à la circulation routières a confié à l’Inserm, en association avec l’Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux (Ifsttar), la réalisation d’une expertise collective sur l’impact de l’usage du téléphone et des autres « distracteurs » sur la sécurité des usagers de la route.

Le bilan complet de la littérature scientifique mondiale sur le risque d’accident lié à l’usage du téléphone portable apporte les enseignements suivants :

  • En France, près de la moitié des conducteurs utilisent un téléphone en conduisant (portable ordinaire ou kit mains-libres). Les jeunes, les hommes, et les usagers de la route à titre professionnel sont ceux qui téléphonent le plus au volant.
  • Usage du téléphone portable

    Le sur-risque d’accident matériel ou corporel découlant d’une conversation téléphonique au volant par rapport à un conducteur ne téléphonant pas est environ de 3. Or, la pratique du téléphone au volant est extrêmement répandue : en moyenne, la proportion de conducteurs dans la circulation qui, à un instant « t », utilisent un téléphone portable, est de l’ordre de 6%.
  • Converser au téléphone en conduisant provoque des modifications importantes du comportement visuel. Téléphoner accapare l’attention du conducteur qui regarde davantage droit devant et néglige la consultation des rétroviseurs ou du compteur de vitesse.
  • Le kit mains-libres et le mobile ordinaire entraînent quasiment le même niveau de distraction car téléphoner accapare l’attention du conducteur : au-delà de la mobilisation physique du conducteur (motrice et visuelle), téléphoner introduit une forte charge mentale supplémentaire et réduit gravement les ressources attentionnelles indispensables pour conduire.
  • En France, près d’un accident corporel de la route sur dix est associé à l’utilisation du téléphone au volant. Parce que le kit mains-libres n’est pas interdit, beaucoup s’imaginent que le danger réside dans la manipulation physique du téléphone, le fait même de le tenir en main, alors que la menace vient de la captation de son attention.
  • Les rares tentatives d’analyse coûts/bénéfices d’une éventuelle interdiction du téléphone au volant sont nord-américaines. Peu probantes, elles ne sont pas en mesure de démontrer l’intérêt socio-économique d’une interdiction.
  • Les pays européens ont à ce jour pratiquement tous adopté la même position réglementaire à l’égard de l’utilisation du téléphone au volant : interdiction du téléphone tenu en main, tout en tolérant le kit mains-libres. Deux pays ont fait des choix différents. L’Espagne sanctionne aussi l’usage de l’oreillette. La Suède, elle, n’a pas légiféré sur l’usage du téléphone, considérant le conducteur capable d’appliquer les règles générales de prudence et d’attention. D’autres solutions que sanctions et répression sont en effet à évaluer.

Nouveaux usages, nouveaux risques

Progressivement la téléphonie vocale recule au profit d’usages tactiles et visuels du téléphone – échanges de SMS mais aussi consultation d’Internet et d’applications sur des terminaux type SmartPhones - qui sollicitent encore davantage les capacités d’attention du conducteur. Le pianotage gagne du terrain. Ces pratiques émergentes provoquent des manipulations longues - maniement de claviers et d’écrans tactiles - associées à la lecture d’écrans qui mobilisent la vision et l’attention. Ces usages nouveaux constituent une source de distraction encore plus dangereuse pour la sécurité routière. C’est pourquoi depuis 2008 le Code de la route interdit "de placer dans le champ de vision du conducteur d’un véhicule en circulation un appareil en fonctionnement doté d’un écran et ne constituant pas une aide à la conduite ou à la navigation." Cette infraction est punie d’une amende de 4ème classe.

Cependant, le développement de ces pratiques est préoccupant car elles se multiplient particulièrement pour :

  • les professionnels qui trouvent avec les nouvelles technologies le moyen de gagner du temps en utilisant leur voiture « comme un bureau ».
  • les jeunes qui privilégient la communication via SMS pour des raisons tarifaires.

L’enjeu le plus lourd est probablement celui de la montée en charge rapide de ces nouveaux modes de communication au volant dans un avenir proche. Ces évolutions laissent envisager des niveaux de risque croissants et nécessitent de poursuivre la réflexion pour mettre en place des mesures permettant d’enrayer les usages en contradiction forte avec la sécurité routière.

Chiffres-clés
- 8 Français sur 10 sont équipés d’un "portable".
- Près de la moitié des conducteurs utilisent un téléphone en conduisant.
- Le téléphone tenu à la main représenterait plus de 40% de l’utilisation du téléphone en conduisant.- Téléphoner en conduisant multiplie par 3 les risques d’accidents.
- En 2009, près d’1 accident corporel de la route sur 10 pourrait être associé à l’utilisation du téléphone en conduisant, soit plus de 7 230 accidents corporels.
- En moyenne le nombre d’usagers dans la circulation qui, à un instant « t », utilisent un téléphone portable est estimé en France à 2,3% pour le téléphone tenu à la main et à 6% tous systèmes confondus (à la main et dispositif mains-libres).
- Les conducteurs de poids lourds utilisent davantage leur téléphone portable (3,9% à un instant « t » tous systèmes confondus) que les conducteurs de camionnettes (3,4%), eux-mêmes plus grands utilisateurs que les conducteurs de véhicules légers (2,1%).

Source

Téléphonie et sécurité routière : une Expertise collective de l’Inserm et de l’IFSTTAR (mai 2011)

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