Mésusage, abus et dépendance à des médicaments disponibles sans ordonnance

08 novembre 2013

Une nouvelle étude montre que les consommateurs d’antalgiques codéinés et d’antihistaminiques à effet sédatif sont nombreux à en faire un mauvais usage. De plus, beaucoup présentent des critères de dépendance à ces molécules.

© Inserm, M. Depardieu

Mésusage, abus, dépendance : ces trois termes caractérisent malheureusement la consommation d’utilisateurs de médicaments psychoactifs disponibles sans ordonnance. C’est ce qui ressort d’une étude menée par le Centre d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance du service de Pharmacologie clinique de l’hôpital de Toulouse et des chercheurs en pharmacoépidémiologie de l’Inserm (UMR 1027, Toulouse). Grâce à un financement conjoint de l’Agence nationale de sécurité des médicaments et produits de santé (ANSM) et de la Mission interministérielle de la lutte contre les drogues et toxicomanies (MILDT), ces scientifiques ont en effet étudié les raisons et modalités de consommation de deux types de médicaments renfermant des substances psychoactives et pouvant être achetés sur simple demande en pharmacie : les antalgiques associant paracétamol et codéine (pour lutter contre la douleur) et les antihistaminiques à effet sédatif (pour dormir).

« Via leur mode d’action sur le cerveau, certaines substances psychoactives peuvent provoquer une dépendance. Rappelons par exemple que la codéine est un opioïde : elle possède le même mécanisme d’action que la morphine, même s’il s’agit d’un antalgique plus faible » rappelle le Pr Anne Roussin, responsable de l’étude.

Des questionnaires en pharmacie

Les chercheurs ont demandé à des pharmacies choisies de façon aléatoire sur le territoire français de participer à l’étude. Les pharmaciens devaient proposer de remplir un questionnaire aux douze premières personnes se présentant pour acheter spontanément un de ces médicaments. Ils devaient demander la même chose à des clients venant acheter du paracétamol, de manière à constituer un groupe témoin.

Ce questionnaire était destiné à détecter les mésusages (par exemple, l’utilisation d’antihistaminiques à effet sédatif pendant plus de cinq jours consécutifs), les abus ou la dépendance aux médicaments. Le motif d’achat du médicament et sa recommandation éventuelle par un médecin ou une autre personne de l’entourage était également demandée dans le questionnaire.

Dépendance, un symptôme fréquent

Au total, 145 pharmacies ont distribué 915 questionnaires. Moins de 10 % des patients l’ont refusé. Les autres le remplissaient sur place de façon anonyme ou pouvaient le renvoyer par la poste.
Les résultats montrent que l’âge moyen des consommateurs est de 48 ans. Deux tiers sont des femmes. Les niveaux de mésusage et de dépendance sont importants avec les deux types de médicaments. Ces taux sont respectivement 6,8 % et 17,8 % avec les antalgiques codéinés, bien plus élevés qu’avec le paracétamol. Et 19,5 % des utilisateurs prennent ce type de médicament tous les jours depuis plus de six mois, principalement en raison de céphalées chroniques.

Le mésusage est encore plus fréquent pour les antihistaminiques à effet sédatif : 72,2 % des consommateurs de doxylamine en consomment quotidiennement et 61,5 % depuis plus de 6 mois alors que la durée est normalement limitée à 5 jours dans le traitement des insomnies. Les patients justifient cette durée par le retour des insomnies en cas d’arrêt du médicament.

Alerte sur le niveau de vigilance des consommateurs

« Ces résultats montrent qu’une dépendance s’installe effectivement chez de nombreux utilisateurs. Cela pose plusieurs problèmes, explique Anne Roussin. D’abord, l’efficacité des antihistaminiques sédatifs a été évaluée sur du court terme et rien ne garantit leur efficacité au-delà de quelques jours ou quelques semaines. Pour les antalgiques codéinés, on sait même qu’au contraire, l’abus ou l’usage persistant contribue à l’installation de céphalées quotidiennes chroniques. Par ailleurs, ces deux types de médicaments entrainent des problèmes de vigilance. Ces prises prolongées posent donc la question d’un risque accru d’accidents de la route ou de la vie quotidienne, comme des chutes », conclut la chercheuse.

 

Source :
A. Roussin et coll. Misuse and Dependence on Non-Prescription Codeine Analgesics or Sedative H1 Antihistamines by Adults: A Cross-Sectional Investigation in France. PLoS One, octobre 2013, 8(10): e76499. doi:10.1371/journal.pone.0076499

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