Les substances psychoactives largement expérimentées dès la 4ème

18 avril 2012

Un colloque organisé par la mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT) vient de faire le point sur les risques et dommages associés à une consommation précoce de substances psychoactives (alcool, tabac, cannabis). Leur usage se développe fortement entre 11 et 14 ans, un phénomène préoccupant, notamment au regard de la vulnérabilité du cerveau des jeunes par rapport à celui des adultes.

Les adolescents de plus de 16 ans consomment deux fois plus de substances psychoactives que les adultes mais le tournant a lieu quelques années avant, pendant les « années collège ». La consommation d’alcool, de tabac et dans une moindre mesure, de cannabis, explose entre la 6ème et la 3ème avec des hausses particulièrement sensibles à partir de la 4ème. Il s’agit des premiers résultats de l’enquête HBSC 2010 (i) (Health Behaviour in School-Aged Children) menée dans 41 pays sous l’égide de l’OMS, présentés lors du colloque organisé les 3-4 avril derniers par la MILDT. En France, plus de 11 500 élèves scolarisés du CM2 à la classe de seconde ont été interrogés.

La consommation d’alcool caracole, loin devant l’usage du tabac et du cannabis. Ainsi, dès 11 ans, près de 60 % des élèves ont déjà bu et près de 6% ont été ivres. A 15 ans, ces chiffres passent respectivement à 86 % et 38 % et 8,5 % des ados déclarent un usage régulier. En ce qui concerne le tabac et le cannabis, à 11 ans environ 9 % des élèves ont déjà expérimenté la cigarette et moins de 1% du cannabis. Et à 15 ans, près de 19 % reconnaissent fumer régulièrement du tabac et 3 % du cannabis.

Un impact à long terme sur le cerveau

Ces chiffres sont à peu près constants depuis la dernière enquête HBSC de 2006 ; ils battent donc en brèche l’idée selon laquelle les jeunes ont une consommation de plus en plus précoce mais restent néanmoins préoccupants au regard des conséquences de ces produits sur des cerveaux en cours de maturation. « L’adolescence est une période de profonds remaniements cérébraux qui rendent très vulnérable sur le plan psychopathologique. Des travaux sur des jeunes souris ont par exemple montré que l’administration de substances psychoactives provoque des modifications à long terme, voire définitives, sur leur cerveau. Nous sommes aujourd’hui en mesure d’affirmer qu’une consommation précoce rend la personne plus vulnérable à la substance et accroît son risque de dépendance par la suite », explique Pier Vincenzo Piazza, directeur du Neurocentre Magendie (unité 862 Inserm).

Renforcer les soins

Les remaniements cérébraux qui surviennent à l’adolescence ont également des conséquences sur le comportement, avec notamment un désir accru de prise de risque. « C’est probablement ce qui explique l’échec des campagnes de prévention contre les drogues chez les jeunes. Il est dans la nature humaine de vouloir tester ces substances », estime Pier Vincenzo Piazza. Cela rend la prévention bien difficile et nécessite de « mettre davantage l’accent sur les soins et la prise en charge des personnes qui deviennent dépendantes », selon lui.

« Il est probable qu’un effet "en spirale" existe, la consommation précoce étant à la fois cause de troubles et à la fois effet d’une situation à risque. Reste alors à voir sur quelle base soigner précocement et bâtir des plans de prévention qui agissent à plusieurs niveaux » précise Marie Choquet, épidémiologiste et conseillère du président de la Mildt.

Appréhender les récents acquis scientifiques

De nombreuses études ont montré non seulement les répercussions à court et long terme de la consommation précoce sur le développement somatique, neurologique et comportemental des individus, mais aussi l’extrême variabilité entre les personnes, selon leurs propres facteurs de vulnérabilité et de protection. Les participants du colloque ont rappelé qu’il restait donc à appréhender les nombreux et récents acquis scientifiques dans ce domaine.


(i) L’enquête Health Behaviour in School-aged Children (HBSC) est conduite tous les quatre ans depuis 1983 (depuis 1993 en France) par un réseau international de chercheurs, sous l’égide du bureau régional Europe de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Elle a pour objectifs d’appréhender la perception qu’ont les élèves de 11 à 15 ans de leur santé et de leur vécu au sein de l’école, de leur groupe de pairs et de leur famille ainsi que d’en analyser les déterminants. La partie française est coordonnée par le Service médical du rectorat de Toulouse et l’UMR 1027 Inserm / université Toulouse III - Paul Sabatier.

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