Des chercheurs de l’université de Cambridge, de l’Inserm et de l’Institut Pasteur montrent pour la première fois que des cellules souches adultes iPs, produites à partir de cellules de patients atteints d’une maladie du foie, peuvent être génétiquement corrigées puis différenciées en cellules hépatiques pour participer à une régénération du foie dans un modèle animal. Ces travaux, publiés le 12 octobre sur le site de la revue Nature, constituent une preuve de concept majeure pour envisager le recours futur à ces cellules souches chez l’Homme, en vue d’une thérapie génique.
Les chercheurs de l’université de Cambridge, dirigés par Ludovic Vallier et David Lomas, et du Sanger Institute, conduits par Allan Bradley, ont travaillé sur une maladie génétique rare qui affecte le foie. Elle est due à une mutation ponctuelle dans un gène essentiel au bon fonctionnement des cellules hépatiques. Chez l’enfant, elle se manifeste par des symptômes plus ou moins bénins (jaunisse, distension de l’abdomen…), mais peut évoluer progressivement chez l’adulte vers un emphysème pulmonaire et une cirrhose, contre laquelle le seul espoir de guérison est une transplantation de foie.
Les équipes ont dans un premier temps prélevé des cellules de la peau de patients, et les ont mises en culture in vitro afin de leur conférer les propriétés de cellules souches pluripotentes, c’est-à-dire des cellules non spécialisées capables de fournir sur commande n’importe quelle autre cellule de l’organisme mais possédant le même patrimoine génétique que les cellules d’origine. On les appelle cellules iPS (induced pluripotent stem) ou “cellules souches pluripotentes induites” par opposition aux cellules souches embryonnaires qui sont naturellement pluripotentes.
Les scientifiques sont alors parvenus, par génie génétique, à corriger dans ces cellules iPS la mutation responsable de la maladie. Ils ont ensuite engagé ces cellules souches devenues "saines" dans la voie de maturation les conduisant à se différencier en cellules du foie.
Les scientifiques de l’Institut Pasteur et de l’Inserm, menés par Hélène Strick-Marchand dans l’unité mixte Institut Pasteur/Inserm "Immunité innée" dirigée par James Di Santo ont testé les nouvelles cellules hépatiques humaines ainsi produites sur un modèle animal atteint d’insuffisance hépatique.
Leur travail a montré qu’elles étaient d’une part parfaitement fonctionnelles et aptes à s’intégrer dans le tissu existant, et d’autre part qu’elles contribuaient à la régénération du foie chez les souris traitées.
Ces travaux pionniers, publiés dans Nature, renforcent ainsi les espoirs des communautés scientifiques et médicales dans le recours aux cellules iPS à des fins thérapeutiques chez l’Homme. Les travaux menés sur ces cellules n’avaient en effet pas à ce jour apporté de preuve de leur efficacité potentielle in vivo pour de telles utilisations.
Source
Yusa et coll."Targeted gene correction of a1-antitrypsin deficiency in induced pluripotent stem cells"
Nature, publication en ligne le 12 octobre 2011.
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