Un vaccin sans aiguille et sans adjuvant

08 juin 2015

Un nouveau procédé de vaccination mis au point par des chercheurs d’une unité Inserm permet de se passer d’aiguille et d’adjuvant. Il protège efficacement des souris contre le mélanome et pourrait être utilisé pour vacciner contre différents agents infectieux. Ce procédé paraît en outre facilement transférable à l’Homme.

Cellules dendritiques de la peau :  L'épiderme et le derme de la peau contiennent un réseau complexe de cellules dendritiques (colorées en vert). Ces sentinelles du système immunitaire sont capables de détecter la présence de pathogènes (bactéries, virus,...) pénétrant la peau et de convoyer ces informations aux lymphocytes T après avoir migré au niveau des ganglions cutanés qui drainent la peau. © Inserm, B. De Bovis, J. Davoust

Cellules dendritiques de la peau : L'épiderme et le derme de la peau contiennent un réseau complexe de cellules dendritiques (colorées en vert). Ces sentinelles du système immunitaire sont capables de détecter la présence de pathogènes (bactéries, virus,...) pénétrant la peau et de convoyer ces informations aux lymphocytes T après avoir migré au niveau des ganglions cutanés qui drainent la peau.

Bientôt un vaccin sans aiguille et sans adjuvant ? Cela semble désormais possible à en croire les travaux conduit dans une unité de l’Inserm*. Les chercheurs viennent en effet de vacciner des souris contre le mélanome en leur administrant une préparation vaccinale sans adjuvant, délivrée via des micropores formés dans leur peau grâce à un laser. Cette nouvelle devrait intéresser bien des industriels qui cherchent des alternatives, non seulement à la piqure mal vécue par de nombreuses personnes, mais aussi aux adjuvants qui font régulièrement l’objet de polémiques.

Un vaccin ciblé

"Actuellement, un vaccin est injecté avec une aiguille qui traverse le derme et libère la solution vaccinale dans l’hypoderme ou dans le muscle. On court-circuite donc le derme et son réseau très dense de cellules dendritiques. Ces cellules sont des sentinelles extrêmement performantes du système immunitaire : elles présentent les antigènes aux lymphocytes T immatures en vue de leur différenciation en lymphocytes T effecteurs, capables d’éliminer l’agent pathogène. Nous voulions donc cibler spécifiquement ces cellules dendritiques du derme afin de stimuler la réponse immunitaire", explique Bernard Malissen, coauteur de ces travaux. Pour cela les chercheurs ont développé un vaccin "ciblé". Ils ont isolé un antigène présent à la surface de cellules de mélanome et l’ont couplé à une molécule appelée XCL1 qui se lie spécifiquement à un récepteur présent à la surface des cellules dendritiques du derme (XCR1). Ces travaux ont été réalisés chez la souris, mais le récepteur XCR1 est hautement conservée d’une espèce à l’autre : on le retrouve notamment chez l’Homme, suggérant que le transfert de cette approche devrait être relativement simple à mettre en œuvre.

Un laser inoffensif

Les chercheurs ont ensuite utilisé un appareil laser couramment utilisé chez l’Homme à des fins esthétiques/cosmétiques, qui génère des micropores dans la couche externe de l’épiderme. Ils ont exposé la peau de souris à ce rayon laser puis ont appliqué localement la solution vaccinale. L’expérience a été conduite sur des souris présentant un mélanome et des animaux en bonne santé. L’effet a été rapide : les populations de lymphocytes T CD8+ et CD4+ ont été stimulées de manière très puissante, la vaccination a arrêté la progression de la tumeur dans le premier groupe de souris et  protégé le second groupe contre le cancer. Des cellules tumorales ont en effet été injectées aux animaux du second groupe après la vaccination, mais ils n’ont pas développé de mélanome.

"Le vaccin a donc été efficace en prévention et en thérapie, malgré l’absence d’adjuvant habituellement indispensable pour stimuler la réponse immunitaire en cas de vaccination contre le cancer. Peut-être que l’application du laser provoque une légère inflammation locale qui attire des cellules immunitaires (de type monocytes et granulocytes), potentialisant la réponse générée par le vaccin. Nous sommes en train de vérifier cela", précise Bernard Malissen.

Des utilisations vaccinales variées

Testé en immunothérapie contre le cancer dans le cadre de cette étude, ce procédé de vaccination original pourrait tout à fait s’appliquer à tous types de vaccination, notamment contre des gents bactériens ou viraux. Des laboratoires se sont déjà manifestés pour poursuivre ce développement et mener des essais cliniques chez l’Homme.

Note :

* Unité 1104 Inserm/CNRS/Aix-Marseille Université, Centre d'immunologie de Marseille – Luminy, Marseille

Source :

D Terhorst et coll. Laser-Assisted Intradermal Delivery of Adjuvant-Free Vaccines Targeting XCR1+ Dendritic Cells Induces Potent Antitumoral Responses. J Immunol, édition en ligne du 4 mai 2015

Retour à la liste des actualités "Recherche"
^ Haut de page
Voir Modifier Créer ici
Facebook Twitter Google+ Linkedin Viadeo Delicious StumbleUpon Evernote Scoop it Netvibes