Stress et hypertension : quand la lutte des classes s’en mêle

04 février 2013

L’impact du stress sur la pression artérielle pourrait différer en fonction du statut socioprofessionnel. Alors que le stress semble associé à une pression artérielle plus élevée chez les ouvriers et les chômeurs, il aurait peu d’effet sur les employés et professions intermédiaires et pourrait même être associé à une pression artérielle plus faible chez les cadres et professions libérales. Ces liens complexes viennent d’être révélés par une équipe de l’Inserm qui cherche à clarifier l’association possible entre stress et hypertension.

Informations complémentaires

Pour en savoir plus sur l’hypertension artérielle, consulter notre dossier d’information

L’impact du stress sur la pression artérielle pourrait différer en fonction du statut socioprofessionnel. C’est ce que montre une équipe de l’Inserm, à l’issue d’une étude portant sur près de 123 000 personnes ayant réalisé un bilan dans un centre d'examens de santé conventionné par l'Assurance Maladie.

Suspectant l’impact du statut socioprofessionnel sur les liens entre stress et hypertension, les auteurs ont réparti ces personnes en trois catégories professionnelles. Leur pression artérielle a été mesurée et leur niveau de stress évalué grâce à un questionnaire rapide en quatre items. « Ce questionnaire est tout à fait adapté aux études de grandes cohortes comme celle-ci, explique Cédric Lemogne, coauteur des travaux. Il permet de mesurer si une personne se sent dépassée par les événements, s’il lui semble que ses ressources ne lui permettent plus de faire face aux contraintes qu’elle subit » décrit-il.

Trois catégories professionnelles passées au tensiomètre

Après une analyse statistique prenant en compte de nombreux facteurs de risque d’hypertension, les résultats montrent que, toutes catégories professionnelles confondues, il n’y a pas de lien entre stress et pression artérielle. Néanmoins, à y regarder de plus près, les auteurs ont constaté que chez les personnes appartenant à la catégorie la plus élevée, le stress est corrélé de façon négative à la pression artérielle. Cela signifie que les individus rapportant une situation de stress ont moins de probabilité d’être hypertendus. Inversement, dans la catégorie professionnelle la plus basse et chez les chômeurs, le stress est associé positivement à une tension élevée. « C’est la première fois qu’une étude de grande ampleur montre l’influence du statut socioprofessionnel sur le lien entre stress et pression artérielle. Ce lien est parfois considéré comme une évidence alors qu’il fait toujours débat. Les études sont très contradictoires : certaines montrent une association significative alors que d’autres pas du tout. Des études montrent même une association inverse. Nos résultats suggèrent que tout ceci est à nuancer. Néanmoins, je tiens à préciser que dans notre étude, nous parlons de pression artérielle élevée et non d’hypertension, ce qui aurait demandé plusieurs mesures de la pression artérielle à plusieurs jours d’intervalle » clarifie Cédric Lemogne.

Des stress plus durs que d’autres ?

Face à ces résultats, les chercheurs se sont essayés à quelques hypothèses.

« Les personnes qui occupent des postes peu valorisés ou qui sont au chômage éprouvent peut être un stress plus dur, lié par exemple à la précarité financière ou à des conditions de travail pénible, par rapport à une personne ayant un métier plus confortable, suggère le chercheur. Au niveau cérébral, la perception d’un faible rang social est associé à une réactivité accrue, ce qui pourrait déclencher une élévation plus forte de la pression artérielle en cas de stress » décrit-il. Autre théorie
intéressante : la perception de son propre stress. « Les personnes appartenant aux catégories socioprofessionnelles plus élevées pourraient avoir davantage conscience d’être stressées face à certaines situations. Or, certains travaux suggèrent qu’une meilleure conscience de nos émotions favorise la régulation de la pression artérielle » explique-t-il.


Note :
*Unité Inserm 1018, Plateforme de recherche « Cohortes en population », Centre de recherche en epidémiologie et santé des populations, Villejuif.

Source :
E. Wiernik et coll., Occupational Status Moderates the Association Between Current Perceived Stress and High Blood Pressure: Evidence From the IPC Cohort Study. Hypertension, édition en ligne du 14 janvier 2013

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