Menace sur le cytomégalovirus humain

15 octobre 2012

Une équipe de l’Inserm vient de mettre en évidence au moins trois nouvelles molécules capables d’enrayer les infections par le cytomégalovirus humain, un virus particulièrement dangereux pour les personnes immunodéprimées et les fœtus.

Le cytomégalovirus humain (HCMV) est un redoutable opportuniste. Les infections par ce virus sont le plus souvent asymptomatiques chez les personnes saines mais elles deviennent pathogènes chez les personnes immunodéprimées ou encore les fœtus. Environ 1,4 % des femmes enceintes sont infectées au cours de leur grossesse et près de 10% des enfants concernés naissent avec des séquelles (atteintes oculaires, hépatiques, surdité, microcéphalie, etc). Des traitements anti-viraux comme le ganciclovir ou le foscarnet sont disponibles mais présentent une forte toxicité pour les reins ou les cellules sanguines qui les rend inutilisables chez la femme enceinte. Par ailleurs, les personnes qui peuvent bénéficier de ces traitements développent parfois des résistances qui rendent ces molécules inefficaces.

Quatre flavonoïdes efficaces contre HCMV

La recherche de nouveaux médicaments est donc plus que jamais d’actualité. A ce titre, une équipe de l’Inserm ouvre une voie très intéressante. L’utilisation des flavonoïdes contre le virus HCMV. Il s’agit d’un vaste ensemble de molécules naturelles à activité anti-oxydante. On les trouve dans les fruits, le miel, le thé, le vin, le propolis, etc. De précédents travaux ont montré que certaines d’entre elles présentent une activité anti-virale. Les chercheurs ont donc choisi huit flavonoïdes potentiellement intéressants et les ont testés sur des cellules en culture infectées par HCMV. Cette infection entraine le gonflement des cellules en petits foyers facilement dénombrables.

Avec quatre des flavonoïdes évalués, le nombre de ces foyers se réduit de moitié. Il s’agit de la baicalein, la quercetin, la quercetagetin et la naringenin. En outre, ces molécules, notamment la baicaleine, présentent une bonne tolérance puisque les tests de toxicité montrent qu’il faut des doses extrêmement importantes, plus de cent fois la dose efficace, pour tuer la moitié des cellules contre seulement 30 fois la dose efficace pour le ganciclovir.

Des effets cumulables

Difficile pour l’heure d’expliquer le mode d’action de ces nouveaux candidats médicaments. Néanmoins les travaux montrent qu’ils inhibent les premières étapes de réplication du virus, pratiquement dès son entrée dans la cellule alors que le ganciclovir agit plus en aval, sur la réplication des gènes viraux. Cela permet d’envisager un effet cumulatif des deux types d’anti-viraux. En outre, les mécanismes d’action des différents flavonoïdes ne semblent pas identiques puisque l’administration conjointe de baicaleine et de quercetine permet d’obtenir un effet anti-viral cumulatif.

L’équipe va maintenant tester les trois composés les plus efficaces (baicaleine, quercetine et naringenine) sur des greffons placentaires mis en culture. "Dans un premier temps, l’objectif est de concentrer les efforts de recherche sur la réplication du virus au niveau du placenta, passage obligé de la transmission au fœtus, afin de développer a posteriori un traitement efficace et sûr pour la femme enceinte", explique le Pr Sophie Alain, qui dirige ces travaux (UMR Inserm 1092).


Source :
S. Cotin et coll. Eight flavonoids and their potential as inhibitors of human cytomegalovirus replication. Antiviral Research, édition en ligne du 20 septembre 2012

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