Maladies à prions : un meilleur test diagnostic à l'étude

01 mars 2016

A Montpellier, des chercheurs développent une nouvelle méthode pour améliorer la détection de prions infectieux dans des prélèvements de cerveau et de sang. Une avancée importante quand on sait que certains de ces agents infectieux non conventionnels passent complètement inaperçus avec le  test de référence actuel. La méthode ouvre aussi de nouvelles pistes en matière de décontamination.

Tremblante du mouton, maladie de la vache folle, maladie de Creutzfeldt-Jacob chez l'homme... Autant de pathologies dues à l'accumulation d'une forme anormalement repliée et infectieuse de la protéine prion, transformant progressivement le cerveau en une sorte d'éponge pleine de trous. Aujourd'hui, la méthode de référence pour détecter la présence de cette protéine dans un échantillon de tissu cérébral est le test de digestion à la protéinase K, PK pour les intimes.

Problème : on estime que dans un cerveau infecté, seuls 20% des prions infectieux sont détectables avec cette méthode... Pire, en 2008, on a découvert une nouvelle maladie humaine à prions associée à une souche totalement indétectable par ce test. Et pour couronner le tout, la PK est incapable de détecter les prions infectieux qui circulent dans le sang, tel celui du nouveau variant de la maladie de Creutzfeldt-Jacob.  Bref, on l'aura compris, une méthode plus efficace ne serait pas un luxe...

Un nouveau test qui détecte tous les prions infectieux

C'est précisément l'objectif visé par Véronique Perrier et ses collègues montpelliérains*. Avec le chimiste Mike Robitzer, ils ont synthétisé une petite molécule baptiséeMR100, capable de révéler la présence de toutes les formes de prions infectieux : celles visibles grâce au test PK, mais aussi celles qui étaient invisibles. Dans un échantillon de cerveau préalablement incubé avec MR100 puis centrifugé, ces différentes formes de prions précipitent en oligomères, des complexes moléculaires dans lesquels s'agrègent les protéines infectieuses.

Testé sur des échantillons de cerveau de souris, de hamsters puis d'humains, ce test de centrifugation rapide avec MR100 a effectivement permis de différencier correctement les échantillons sains de ceux contenant du prion infectieux. Sur les formes dites sporadique de la maladie de Creutzfeldt-Jacob (85% des cas), l'équipe a même pu établir une corrélation statistique entre la quantité d'oligomères révélée par MR100 et la durée des symptômes. "Pour la première fois nous disposons ainsi d'un marqueur quantifiable de la maladie", se réjouit Véronique Perrier.

Mieux diagnostiquer...et décontaminer

Au final, ce nouveau test au MR100 pourrait donc permettre de diagnostiquer la présence de prions infectieux actuellement indétectables par la PK dans des prélèvements cérébraux, mais également celle des formes capables de circuler dans le sang. " Nous sommes aussi en train de tester sa capacité à capturer ces dernières, ce qui pourrait intéresser les établissements collecteurs de sang", confirme Véronique Perrier.

MR100 pourrait également être mis à profit pour décontaminer des surfaces ou des instruments possiblement souillés par du prion infectieux. Les premiers résultats en ce sens sont prometteurs : injecté avec du prion infectieux dans le cerveau de souris, le MR100 semble effectivement capable de conduire à la capture de ce dernier. Pour preuve, par rapport aux souris auxquelles seul du prion infectieux a été inoculé, la moitié des souris qui ont également reçu le MR100 n'a développé aucun symptôme. L'autre moitié les a déclenchés plus tardivement que la normale, avec une durée de survie supérieure de 30 % ! "En formant comme une coque autour du prion infectieux, le MR100 l'empêche de se répliquer", explique Véronique Perrier. MR100 n'a peut être pas fini de nous surprendre...

Note

* Unité U1198 Inserm/Ecole Pratique des Hautes Etudes /Université Montpellier 2 et UMR 5253 CNRS/Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Montpellier

Source

T. Imberdis et coll., A Fluorescent Oligothiophene-Bis-Triazine ligand interacts with PrP fibrils and detects SDS-resistant oligomers in human prion diseases, Molecular neurodegeneration, DOI: 10.1186/s13024-016-0074-7, 2016.

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