Les microparticules circulantes, nouveau biomarqueur du cancer

07 octobre 2015

La concentration et la provenance des microparticules du sang, issues des cellules de l’organisme, renseignent sur certaines maladies en cours. Leur analyse peut permettre de diagnostiquer un cancer spécifique ou de suivre son évolution. Une équipe Inserm vient de déposer un brevet pour protéger cette découverte prometteuse.

Des microparticules présentes dans la circulation sanguine sont en passe de devenir des biomarqueurs de cancers. Une équipe Inserm vient de déposer un brevet en ce sens. Nos cellules libèrent en effet des microparticules qui ne sont autres que des vésicules formées à partir de leur membrane cellulaire et contenant les protéines qui y sont présentes. "Les cellules très actives comme les cellules cancéreuses, ou encore les cellules en cours de destruction, libèrent davantage de microparticules. Nous avons voulu savoir si leur taux et leur provenance pouvaient servir de biomarqueur pour identifier un cancer", explique Christophe Dubois*, coauteur de ces travaux.

Un microparticulosome spécifique à chaque maladie

U1040 Cellules souches normales et cancéreuses - © Inserm, P. Latron

U1040 - Cellules souches normales et cancéreuses

Dans ce but, les auteurs ont recruté des patients atteints de cancers colorectaux ou d’un cancer du pancréas. Ils ont également inclus des sujets présentant une inflammation du côlon de type maladie de Crohn ou une inflammation du pancréas (pancréatite chronique), ainsi que des individus sains. Après avoir analysé la teneur et la provenance des microparticules circulantes chez toutes ces personnes, les chercheurs ont constaté une modification de ces paramètres, spécifique selon les différentes maladies étudiées. "Par rapport à ce qui observé chez les sujets sains, la concentration des microparticules est par exemple plus faible en cas de cancer colorectal, et plus élevée en cas de cancer du pancréas. En outre, toujours en cas de cancers, les microparticules dérivent plus souvent de cellules sanguines, plaquettes ou érythrocytes. Enfin, certaines présentent davantage de facteur tissulaire favorable à la formation de fibrine et de caillots sanguin", explique le chercheur. Ces observations ont permis à l’équipe de dresser une véritable cartographie appelée "microparticulosome", décrivant les caractéristiques spécifiques des microparticules du sang selon les maladies étudiées. "Cela renseigne non seulement sur le type de cancer mais aussi, selon la provenance des microparticules,  sur les répercussions de la tumeur dans l’organisme : inflammation, activation du système immunitaire, risque de thrombose... Enfin, il apparaît que chez les patients en rémission, le microparticulosome redevient identique à celui de sujets sains, permettant de suivre l’évolution du cancer".

Un outil de suivi individuel

Au cours de cette étude, les chercheurs ont étudié ces microparticules dans deux types de cancers seulement : leur objectif était de tester leur valeur en tant que biomarqueur. Néanmoins, ils estiment que tous les cancers, voire d’autres maladies, pourraient être associés à une signature des microparticules. En outre, l’amélioration future des performances des techniques permettra vraisemblablement de détecter des microparticules de plus en plus petites et d’affiner l’aspect prédictif de cette approche. Mais, à ce stade, les chercheurs estiment qu’il s’agira davantage d’un outil de suivi chez un même patient (grâce à des prises de sang répétées dans le temps pour analyser ses microparticules) qu’un outil diagnostic : "Les valeurs obtenues dans le cadre de cette études sont variables d’un individu à l’autre, ce qui risque d’empêcher l’utilisation de cette approche pour réaliser des diagnostics en population générale. En revanche, chez un même individu, l’évolution du microparticulosome au cours du temps renseignera sur l’apparition d’un cancer, son évolution, le succès du traitement, voire la survenue d’une rémission", estime Christophe Dubois. Maintenant que le brevet est déposé et que le travail de recherche fondamental est effectué, les chercheurs entendent se rapprocher d’un industriel pour financer la suite du développement.

Note

*unité 1076 Inserm/Aix-Marseille Université, Marseille

Source

D Mege et coll. The origin and concentration of circulating microparticles differ according to cancer type and evolution: a prospective single-centre study. Int J Cancer, édition en ligne du 5 septembre 2015

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