La conscience, une affaire de neurones

03 décembre 2012

Les régions du cerveau importantes pour la perception consciente viennent d’être en partie débusquées par une équipe de l’Inserm. Les chercheurs ont identifié une zone du cerveau impliquée dans la conscience qui accompagne la perception visuelle de l’environnement.

Attendre au feu rouge que le petit bonhomme passe au vert pour traverser, c’est de l’attention volontaire. Mais reculer précipitamment parce qu’une voiture arrive en trombe sans s’annoncer, c’est un reflexe lié à une attention involontaire ou automatique. Dans tous les cas, la perception de l’environnement est indispensable pour avoir conscience de celui-ci et pouvoir y évoluer sereinement. Des chercheurs de l’Inserm viennent d’identifier les mécanismes à la base de cette connexion entre l’attention et la conscience.

La stimulation transcranienne utile aux recherches

Pour cela, ils ont soumis des volontaires sains à des tests visuels et ont étudié leur capacité à percevoir différents signaux. Certains étaient évidents, d’autres beaucoup plus discrets, « à la limite du seuil de perception » clarifie Paolo Bartolomeo*, coauteur des travaux. En parallèle, les chercheurs ont observé l’activité cérébrale des volontaires grâce à l’imagerie médicale par IRM fonctionnelle. Ils ont ainsi pu identifier plusieurs zones activées lors de la perception et de la prise de conscience des signaux testés.

Afin de confirmer le rôle de ces zones, les chercheurs ont complété leurs travaux auprès d’autres volontaires sains, en effectuant cette fois une stimulation cérébrale transcranienne. Cette technique consiste à appliquer des décharges légères et transitoires dans des zones ciblées du cerveau, afin d’en perturber le fonctionnement et observer les conséquences.

Une zone du cerveau bien identifiée

Des décharges délivrées dans une zone particulière du cerveau appelée champ « oculo-moteur frontal » ont entrainé une réduction de la capacité des sujets à percevoir certains signaux. « Cela confirme qu’il s’agit d’une zone importante de connexion entre l’attention portée au signal et la conscience que l’on a de celui-ci », explique le chercheur. Concrètement, les sujets réalisaient moins bien la présence des signaux proches du seuil de perception dans le champ visuel situé à l’opposé de l’hémisphère stimulé.

Une piste pour traiter les patients atteints de négligence spatiale

« La zone du cerveau concernée, le champ oculo-moteur frontal, se trouve dans le lobe frontal. Paradoxalement, il est situé loin du cortex visuel qui est quant à lui niché dans la partie postérieure du cerveau » poursuit le chercheur. « En agissant sur ce réseau, nous pourrions envisager de traiter les patients présentant une négligence spatiale ». Ces personnes n’ont pas de problème de vue, mais elles n’ont pas conscience de ce qui se trouve dans une partie de leur champ visuel. Elles se cognent aux portes et aux fenêtres ouvertes ou encore ne mangent que la moitié de leur assiette. « En stimulant ce réseau neuronal, on pourrait même imaginer d’améliorer la conscience perceptive de tout à chacun ! » conclut-il.


Note :
*Unité Inserm 975, Centre de Recherche de l'Institut du Cerveau et de la Moelle épinière, Paris

Sources :
A. Chica et coll. Neural bases of the interactions between spatial attention and conscious perception. Cerebral Cortex. Edition en ligne avancée du 21 novembre 2012. doi:10.1093/cercor/bhs087

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