La BPCO, cette grande inconnue

21 décembre 2015

De nombreux adultes atteints de broncho-pneumopathie chronique obstructive ignorent leur maladie. C’est ce que montre une étude épidémiologique menée par des chercheurs de l’Inserm. Ce sous-diagnostic représente une perte de chance pour les patients.

La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) est largement sous-diagnostiquée en France. De nombreux adultes atteints l’ignorent. C’est ce que révèle une récente étude sur la prévalence des troubles obstructifs respiratoires en France.

Alors que la BPCO est la troisième cause de mortalité dans le monde, y compris dans l’hexagone, la maladie est largement méconnue du grand public. Elle se caractérise par une inflammation chronique des bronches et une obstruction progressive et irréversible des voies respiratoires distales, entrainant une toux fréquente avec des expectorations quotidiennes ainsi que des difficultés à respirer durant un exercice ou des activités courantes. "Les symptômes apparaissent lentement, en général après 40 ans, de sorte que les personnes touchées s’habituent à cette diminution progressive des capacités respiratoires et ne sont pas conscientes d’être malades", clarifie Luc Dauchet*, coauteur de ces travaux.

La maladie touche préférentiellement les fumeurs qui représenteraient environ 80% des cas. Elle concerne aussi des personnes exposées professionnellement à certaines substances, mais peut également se développer chez des individus à priori sans facteur de risque.

9,5 à 16% des adultes avec obstructions bronchiques

Pour en savoir plus sur la prévalence de cette maladie, les chercheurs ont mené une étude en population générale, auprès de 3 276 adultes âgés de 40 à 64 ans, vivants à Lille et à Dunkerque, recrutées entre 2011 et 2013. Ces personnes devaient remplir un questionnaire de santé indiquant notamment si elles avaient connaissance d’une maladie respiratoire. Elles devaient en outre effectuer un test permettant de découvrir des problèmes de souffle (spirométrie).

Les auteurs ont ensuite calculé la proportion de participants présentant une réduction de leur débit respiratoire en utilisant deux références utilisées dans les études et les recommandations internationales : les méthodes GOLD et LLN. Ils ont ainsi constaté que 10,8% à 16% des adultes testés à Lille présentaient une obstruction bronchique de type asthme ou BPCO et 9,5% à 13,7% de ceux testés à Dunkerque. En outre, les auteurs ont relevé 4,8% à 6,5% de formes sévères parmi les Lillois et 3,5% à 5,2% parmi les Dunkerquois. "C’est la première fois qu’une enquête de population de cette ampleur est réalisée et ces résultats témoignent de l’importance de ces troubles en population générale. Les valeurs hautes sont probablement surestimées car elles résultent de la technique GOLD qui ne tient pas compte du déclin naturel de la fonction respiratoire avec l’âge, mais les valeurs basses sont proches de celles observés dans d’autres pays", explique Luc Dauchet.

De nombreuses BPCO non diagnostiquées

Parmi toutes ces personnes, 72 à 76,4% ignoraient leur état dont environ 64% de ceux présentant les formes sévères. Ces chiffres incluent les personnes souffrant d’asthme et de BPCO, mais sont plutôt à rapprocher du taux de sous-diagnostic de la BPCO seul : les adultes de cet âge ignorent rarement leur statut d’asthmatique. "Le diagnostic complet aurait nécessité un examen médical, mais les sujets ayant une obstruction bronchique non diagnostiquée avaient des symptômes typiques de la BPCO - notamment toux, crachats et essoufflements - suggérant que parmi eux, beaucoup souffraient réellement de cette maladie", confirme Luc Dauchet.

Pour les auteurs, ces résultats sont un signal adressé aux professionnels de santé pour améliorer le dépistage de la BPCO en population générale. "Le diagnostic de cette maladie entraine la mise en place de mesures permettant de ralentir la dégradation de la fonction respiratoire comme l’arrêt du tabac ou la pratique régulière d’une activité sportive. La prise en charge apporte un réel bénéfice pour les patients, qui justifie pleinement d’améliorer son dépistage précoce", conclut Luc Dauchet.

Note

*unité 1167 Inserm/Institut Pasteur de Lille/Université Lille 2

Source

A. Quach et coll. Prevalence and underdiagnosis of airway obstruction among middle-aged adults in northern France: The ELISABET study 2011-2013. Respiratory Medicine, édition en ligne du 9 novembre 2015

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