Herbicides : des effets néfastes chez les femmes enceintes

14 mars 2011

Une étude menée par l’unité Inserm 625 à Rennes et issue de la cohorte de femmes enceintes PELAGIE montre que l’atrazine, un herbicide interdit en France depuis 2003 mais l’un des plus utilisés dans le monde, pourrait avoir des effets néfastes chez la femme enceinte. Les chercheurs mettent en évidence que les femmes présentant des traces urinaires de cet herbicide ou de ses dérivés ont en effet un risque accru de mettre au monde un enfant de faible poids ou de faible périmètre crânien. Des résultats potentiellement préoccupants pour les pays au sein desquels l’atrazine est encore largement utilisé.

Les femmes enceintes sont-elles exposées à des contaminants chimiques environnementaux et professionnels durant leur grossesse ? Ces expositions ont-t-elles un impact sur la croissance intra-utérine et le développement de l’enfant ? C’est pour répondre à ces questions que l’étude PELAGIE* été mise en place en 2002 en Bretagne par l’équipe « Recherches Epidémiologiques sur l’Environnement, la Reproduction et le Développement » de l’Unité Inserm 625. En raison des activités agricoles intensives auxquelles la région Bretagne est soumise, les contaminants d’intérêt sont en particulier les pesticides.

Des herbicides persistants dans l’environnement

Les travaux publiés récemment dans la revue Environmental Health Perspectives se sont intéressés en particulier aux herbicides de la famille des triazines : l’atrazine et la simazine. Ces deux herbicides employés dans la culture du maïs sont interdits en France depuis fin 2003 alors que, dans le monde, l'atrazine est encore l’un des herbicides les plus utilisés. Leurs produits de dégradation se déplacent dans les eaux et persistent plusieurs années dans l'environnement. Les enquêtes environnementales montrent toutefois une diminution d'année en année des résidus de ces herbicides dans les eaux bretonnes.

L’atrazine augmente le risque de mettre au monde un bébé de faible poids

Sur la période 2002-2006, les résultats mettent en évidence de rares traces d'exposition à l'atrazine (6% des échantillons) et à la simazine (8%) et, plus fréquemment, la présence de leurs formes dégradées (20-40%) dans les urines des femmes enceintes.

L’étude montre que les femmes ayant des traces d’atrazine ou d’une de ses formes dégradées dans les urines avaient 50% de risque supplémentaire d’avoir un enfant de petit poids à la naissance et 70% de risque supplémentaire d’avoir un enfant avec un petit périmètre crânien à la naissance. En revanche aucune association n’a été mise en évidence entre l’atrazine ou les autres herbicides étudiés et le risque de malformations congénitales.

En particulier, l’acétochlore (présent dans 9% des échantillons) a été utilisé plus récemment en remplacement de l’atrazine et de l’alachlore ; l’étude n’observe pas d’évidence d’un impact possible d’une exposition à l’acétochlore sur la croissance intra-utérine ou le risque de malformations congénitales.

Il pourrait donc exister un impact néfaste d’une exposition pendant la grossesse à l’atrazine sur la croissance intra-utérine, et ceci à des niveaux faibles de contamination environnementale. Ces résultats sont potentiellement préoccupants pour les populations des pays dans lesquels l’utilisation de l’atrazine est encore autorisée (Etats-Unis, Brésil, Chine).

PELAGIE, une cohorte de 3500 femmes enceintes
L’étude PÉLAGIE a été mise en place en 2002 en Bretagne par l’équipe d’épidémiologie de l’Unité 625 Inserm pour répondre à la question de l’impact des expositions pendant la grossesse à des contaminants chimiques environnementaux et professionnels, en particulier pesticides, sur le développement intra-utérin et le développement de l’enfant. Il s’agit d’une étude de cohorte mères-enfants incluant les femmes enceintes tôt au cours de leur grossesse, suivant la grossesse jusqu’à son terme puis les enfants sur plusieurs années. Elle concerne quelque 3500 femmes de la population générale résidentes en Bretagne (Ille et Vilaine, Côtes d’Armor et Finistère) et venues consulter entre 2002 et 2006 dans l’un des cabinets de gynécologues ou échographistes participant à l’étude.

Source

Chevrier et coll.
Urinary Biomarkers of Prenatal Atrazine Exposure and Adverse Birth Outcomes in the PELAGIE Birth Cohort”
Environ Health Perspect. 2 mars 2011

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(*) PELAGIE (Perturbateurs Endocriniens : Étude Longitudinale sur les Anomalies de la Grossesse, l’Infertilité et l’Enfance)

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