Ecouter sa faim peut aider à être mince

07 avril 2016

Manger en écoutant son appétit, indépendamment de ses émotions et sans se restreindre, est associé à un risque plus faible de surpoids et particulièrement d’obésité. C’est ce que montre une équipe de chercheurs qui a travaillé à partir de la cohorte NutriNet-Santé.

Écouter sa faim est bon pour la santé : d’après une nouvelle étude menée par une équipe Inserm*, les personnes qui mangent uniquement si elles ont faim et s’arrêtent une fois rassasiées, indépendamment de leurs émotions du moment, ont moins de risque d’être en surpoids ou obèses. De nombreux travaux ont déjà porté sur les liens entre comportement alimentaire et corpulence mais voilà la première étude de grande ampleur à avoir analysé l’association entre alimentation "intuitive" et indice de masse corporelle.

Par alimentation intuitive, comprenez des personnes qui ont tendance à manger uniquement quand elles ont faim, à trouver une autre alternative que la nourriture en cas de stress ou d’anxiété et à ne pas se restreindre à partir du moment où elles ont faim. "Autrement dit, s’autorisant à manger tout ce qu’elles veulent à partir du moment où l’organisme le demande", clarifie Sandrine Péneau, responsable de ces travaux.

Une analyse sur plus de 50 000 personnes

L’utilisation d’un questionnaire spécifique, l’Intuitive Eating Scale-2 (IES-2, traduit en français par cette même équipe) a permis aux chercheurs d’étudier cette façon de s’alimenter chez des individus de la cohorte NutriNet-Santé. Cette dernière est une vaste étude lancée en 2009, portant sur les déterminants des comportements alimentaires et les liens entre alimentation et santé, s’appuyant sur un suivi de dix ans via des enquêtes en ligne.

Parmi tous les participants, 11 774 hommes et 40 389 femmes âgés de 50 ans en moyenne ont répondu au questionnaire IES-2 et renseigné leur taille et leur poids (permettant de calculer leur indice de masse corporelle). Les auteurs ont alors constaté que ceux qui avaient les meilleurs scores au questionnaire IES-2, c’est à dire répondant le plus aux critères d’alimentation intuitive, avaient le plus faible risque d’être en surpoids ou obèses. L’association étant particulièrement forte chez les femmes, et pour l’obésité. "Le lien persiste lorsqu’on segmente les différentes composantes de l’alimentation intuitive : cela signifie que manger seulement quand on a faim est associé à un risque de surpoids et d’obésité plus faible, manger pour des raisons physiques et non émotionnelles également, ainsi que le fait de ne pas se restreindre quand on a faim. Ce dernier point semble confirmer que la restriction, et par conséquent les régimes, ne fonctionnent pas sur le long terme comme de nombreuses études tendent à le montrer", détaille Sandrine Péneau.

Continuer d’étudier les comportements alimentaires

"Une partie de ces résultats était attendue. Il semble en effet logique que s’arrêter de manger quand on n’a plus faim permette un meilleur contrôle du poids que continuer à ingurgiter des aliments sans appétit. Mais il est utile de le mettre en évidence de manière scientifique. De plus, il existait jusqu’ici très peu de données sur l’absence de restriction et son impact sur le poids, ainsi que sur l’alimentation intuitive dans sa globalité. Nos résultats montrent une association entre alimentation intuitive et moindre corpulence. C’est important de le redire car il y a un message de santé publique potentiellement fort derrière cela. Les mentions : mangez lentement, écoutez votre faim, ou encore faites confiance à vos signaux corporels, pourraient à mon avis tout à fait figurer au Programme national nutrition santé (PNNS), au même titre que mangez cinq fruits et légumes par jour ou évitez de manger trop gras, trop salé, trop sucré", illustre Sandrine Péneau. "De manière générale, il me parait indispensable de mieux comprendre les comportements alimentaires puisqu’on sait maintenant que les régimes ne fonctionnent pas, et de faire passer des messages positifs autour de l’alimentation et santé, estime-t-elle. Il serait par exemple intéressant d’étudier l’évolution de la perception des signaux internes au cours de la vie : pourquoi les nourrissons et jeunes enfants s’arrêtent de manger quand ils n’ont plus faim, alors que certains adolescents et adultes perdent cette capacité et ne perçoivent plus leurs signaux de satiété ?".

Note

unité 1153 Inserm/Inra/Cnam/Université Paris 13, Centre de recherche en épidémiologie et statistiques, équipe EREN, Bobigny

Source

GM Camilleri et coll. Intuitive Eating is Inversely Associated with Body Weight Status in the General Population-Based NutriNet-Santé Study. Obesity, édition en ligne du 17 mars 2016

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