Dépression : prédire la réponse à la stimulation magnétique transcrânienne

08 novembre 2011

La stimulation magnétique transcrânienne est une alternative thérapeutique possible pour les personnes souffrant de dépression sévère résistante à tous les médicaments. Elle n’est toutefois pas efficace dans tous les cas. Des chercheurs de l’Inserm et de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris ont mis en évidence des particularités anatomiques et fonctionnelles du cerveau chez certains patients, qui pourraient à terme devenir des marqueurs prédictifs de réponse à cette technique.

Chez environ un quart des personnes qui souffrent de dépression, les traitements médicamenteux n’apportent aucun bénéfice. Cet échec thérapeutique mène à la chronicisation de la maladie, une situation très préjudiciable pour le patient et son entourage. Cependant, depuis une dizaine d’années, la stimulation magnétique transcrânienne fait son chemin dans la prise en charge de ces individus. Plusieurs études ont montré de bons résultats sur des dépressions résistantes à tous les médicaments. De fait, cette technique est de plus en plus utilisée dans les établissements de soins publics et chez certains praticiens libéraux.

La stimulation magnétique transcrânienne dans le traitement de la dépression
Cette technique consiste à appliquer une bobine magnétique à proximité du cerveau pour en stimuler certaines zones. Il s ‘agit notamment du cortex préfrontal, connecté à des structures sous-jacentes dont l’amygdale impliquée dans la dépression. La bobine génère un courant magnétique à haute fréquence qui transmet un courant électrique au niveau des structures cérébrales et active les cellules nerveuses. Le champ délivré est d'une intensité similaire à celui produit lors d'une imagerie par résonance magnétique (IRM). En savoir plus

Efficacité variable selon les patients

Repérage de points anatomiques de référence sur la tête d'un sujet, en préparation d'une séance robotisée de stimulation magnétique transcrânienne (TMS). Il s'agit de réaliser une séance d'essai du robot prototype. Afin de mettre en correspondance la tête du sujet avec les images de son cerveau issues d'une IRM, un manipulateur repère à l'aide d'un stylet l'oreille droite du sujet. Le sujet porte des lunettes munies de capteurs permettant à une caméra de mesurer sa position en temps réel. La TMS est utilisée en psychiatrie, dans le traitement de la dépression ou de la schizophrénie. Elle consiste à stimuler des zones du cerveau par des impulsions magnétiques indolores, avec une sonde appliquée sur le cuir chevelu. Copyright CNRS Photothèque - FRESILLON Cyril

Repérage de points anatomiques de référence sur la tête d'un sujet, en préparation d'une séance robotisée de stimulation magnétique transcrânienne (TMS).

Cette technique a malheureusement ses limites : elle n’est pas efficace chez tous les patients, elle est longue à pratiquer et très coûteuse. A ce titre, l’identification de facteurs prédictifs de réponse à ce traitement serait utile aux praticiens. C’est ce qu’a tenté de faire une équipe de l’unité 1000 Inserm-CEA "Imagerie et psychiatrie", en collaboration avec l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris dans le cadre d’un programme hospitalier de recherche clinique (PHRC), en étudiant l’anatomie et le fonctionnement du cerveau de 31 patients avant une stimulation magnétique cérébrale. Pour cela, ils ont utilisé la tomographie à positons avec un radiotraceur à base de glucose permettant de suivre l’activité énergétique locale ainsi que l’IRM, puis ont comparé les cerveaux des patients qui ont répondu au traitement à ceux qui n’y ont pas répondu.

Spécificités fonctionnelles et anatomiques dans le cerveau

Au total, 17 personnes ont répondu avec un score de dépression réduit de plus de moitié à l’issue du traitement. Chez les autres, les non répondeurs, les auteurs ont constaté une zone atrophiée au niveau du cortex orbitofrontal situé derrière l’orbite de l’œil ainsi qu’une suractivité au niveau de l’amygdale gauche caractérisée par une consommation importante de glucose. L’amygdale est une structure enfouie dans le cerveau, impliquée dans la maladie. "Ces différences sont significatives et caractéristiques du groupe des non répondeurs, explique le Dr. Marie-Laure Paillère Martinot, coordinatrice de l’étude. Nos résultats montrent bien que des facteurs cérébraux mesurables par imagerie cérébrale avant le traitement pourraient déterminer son efficacité ou non. Cependant, d’autres études sont nécessaires pour confirmer ces observations", précise-t-elle.

Source

Paillère Martinot et coll. Baseline Brain Metabolism in Resistant Depression and Response to Transcranial Magnetic Stimulation.
Neuropsychopharmacology (2011), 1–10

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