Dépression et odorat, un couple étonnant mais soudé

05 novembre 2012

Les patients atteints de dépression sévère présentent des troubles olfactifs qui les rendent étrangers aux odeurs agréables. Ces troubles pourraient bien devenir un marqueur de la maladie ou du risque de rechute.

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A Tours, une équipe de chercheurs pourrait bien avoir mis le doigt sur un nouveau marqueur associé à la dépression : l’odorat et ses troubles ! La dépression est un problème majeur de santé publique dont le diagnostic et la guérison restent difficiles à obtenir. A ce titre, les scientifiques sont toujours à la recherche de nouveaux outils permettant de faciliter le dépistage et la prise en charge de la maladie.

« Les personnes atteintes de dépression sévère ont des difficultés à expérimenter les plaisirs » explique Catherine Belzung*, coauteur de ces récents travaux. « Par ailleurs, la zone du cerveau impliquée dans la sensation agréable provoquée par des odeurs présente des dysfonctionnements chez ces personnes. Voilà donc deux raisons pour s’intéresser à l’odorat chez ces patients » poursuit-elle. Pour ce faire, les chercheurs ont soumis 18 personnes hospitalisées pour un épisode de dépression sévère à des tests olfactifs. Leurs résultats ont été comparés à ceux de 54 volontaires en bonne santé.

Un déficit olfactif en cas de dépression

L’ensemble des participants ont été exposés à huit odeurs différentes, certaines agréables et d’autres non, ainsi qu’à un mélange d’odeurs « qui correspond davantage à la perception des odeurs de tous les jours » explique Catherine Belzung. Il est apparu que les patients dépressifs distinguent moins bien les différents niveaux d’intensité des odeurs, identifient moins bien celles qui sont présentes en mélange et sont peu sensibles aux odeurs sensées être agréables, par rapport aux témoins en bonne santé. « De façon surprenante, la vanille, la cannelle ou l’amande amère étaient classées comme des odeurs déplaisantes » illustre-t-elle.

A l’issue de la consultation, les patients dépressifs ont débuté un traitement antidépresseur pour une durée de six semaines, puis refait les mêmes tests à la fin de cette période. Bien que le traitement ait été efficace chez chacun d’entre eux, les perturbations olfactives ont persisté. « Seule une odeur était redevenue plaisante chez la majorité d’entre eux. Il s’agit d’une odeur liée aux souvenirs et à l’enfance : celle du petit pot de colle utilisé en classe qui sentait légèrement l’amande amère » évoque la chercheuse.

Un marqueur à valider

Les troubles de l’odorat sont donc manifestes chez les patients atteints de dépression sévère. Néanmoins, avant d’en faire un marqueur de la maladie, les scientifiques doivent vérifier s’il s’agit d’un trait spécifique de la dépression ou s’il existe chez des personnes atteintes d’autres affections psychiatriques et neurologiques. Un essai est en cours dans la maladie d’Alzheimer et chez les patients alcoolo-dépendants.

Enfin, compte tenu du fait que ces perturbations persistent après la guérison, les chercheurs se demandent s’ils ne sont pas moteurs dans le risque de rechute. Dans ce cas, ces troubles pourraient constituer un nouveau marqueur du risque de rechute. Une voie supplémentaire à explorer.

Note :
* Unité «Imagerie et Cerveau» Inserm UMR930, Université François Rabelais de Tours.

Source :
M. Naudin et coll. State and Trait Olfactory Markers of Major Depression. PLoS ONE 7(10): e46938

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