Cancer colorectal : une prise de sang pour choisir le traitement

14 avril 2014

L’analyse de l’ADN d’origine tumoral qui circule dans le sang de certains patients permet de déceler l’existence de mutations prédictives du succès ou de l’échec de thérapies ciblées anticancéreuses. Des chercheurs Inserm ont développé un test sanguin se fondant sur ce phénomène et viennent de confirmer son efficacité chez des patients atteints de cancer colorectal métastatique : une première !

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© Inserm, P. Latron

Une simple prise de sang permettra-t-elle bientôt de sélectionner les patients pouvant bénéficier d’une thérapie ciblée anticancéreuse ? C’est ce qu’espèrent Alain Thierry et son équipe Inserm*. A Montpellier, les chercheurs viennent en effet de démontrer l’efficacité d’un test sanguin qu’ils ont développé, qui permet de déceler l’existence de mutations associées à l’échec des anticorps monoclonaux anti-EGFR dans le traitement du cancer colorectal.

Les thérapies ciblées sont souvent efficaces et moins toxiques que la chimiothérapie. Cependant leur efficacité dépend de la présence (ou de l’absence) de mutations particulières présentes sur l’ADN des cellules tumorales. Ces mutations sont donc recherchées de façon systématique avant d’administrer ce type de traitements. Pour cela, on analyse des coupes de la tumeur primaire après son ablation chirurgicale. Cette technique invasive nécessite au moins dix jours. De plus, elle ne permet pas d’analyser l’ADN des cellules métastasiques.

Pour contourner ces obstacles, Alain Thierry et son équipe ont misé sur l’ADN circulant tumoral. "Les personnes atteintes d’un cancer possèdent dans leur sang une concentration importante d’ADN nu libéré par les cellules cancéreuses, explique Alain Thierry. Grâce à des techniques sensibles, cet ADN peut être récupéré via une simple prise de sang. Il permet d’étudier le génome issu des cellules de la tumeur primaire quand elle n’a pas été retirée, mais aussi celui issu des cellules métastatiques. Cette possibilité est précieuse car il y a une hétérogénéité génétique entre ces deux type de cellules dans 5 à 10 % des cas".

Un test très sensible

Les chercheurs ont développé un test sanguin, "Intplex", qui permet de détecter des mutations à partir de ces ADN circulants. Il permet notamment de détecter celles affectant les gènes KRAS et BRAF, prédictives d’une résistance à la thérapie ciblée anti-EGFR utilisée pour traiter des patients atteints de cancer colorectal métastatique. Les chercheurs ont testé leur dispositif chez 106 patients atteints de ce cancer, en le comparant à la technique d’analyse classique (à partir d’échantillon tissulaire de la tumeur primaire).

Un essai couronné de succès ! "Il s’agit d’une révolution clinique, selon les termes d’Alain Thierry. Ce test très sensible met en évidence, efficacement et à moindre coût, des mutations utiles à la stratégie thérapeutique, et ce en à peine deux jours et de façon non invasive. En outre, il peut être renouvelé régulièrement pour dépister l’apparition d’une nouvelle mutation en cours de traitement". Forts de ces résultats, les chercheurs espèrent voir leur test supplanter la technique d’analyse actuelle, plus laborieuse. Une étude médico-économique est en cours pour apporter la preuve du bénéfice clinique et financier à utiliser ce test. Ensuite, la présentation d’Intplex lors du prochain congrès américain de cancérologie (ASCO) devrait finir de convaincre la communauté scientifique et les autorités de santé de l’utiliser en routine. L’objectif : "franchir une nouvelle étape vers la personnalisation du traitement des patients atteints de cancer" selon Alain Thierry.

Ce test est d’autant plus prometteur qu’il peut être adapté à tous types de mutations, dans tous types de cancers. En outre, il apporte d’autres informations sur l’ADN circulant tumoral, comme sa concentration totale ou encore la proportion d’ADN circulant contenant la mutation. Ces informations pourraient être utiles pour le suivi des patients afin d'établir un pronostic de survie, voire pour le diagnostic de certains cancers. Ces différentes pistes sont à l’étude.

Note

*unité Inserm 896, Institut de recherche en cancérologie de Montpellier

Source

A. Thierry et coll. Clinical validation of the detection of KRAS and BRAF mutations from circulating tumor DNA. Nature Med, édition en ligne du 23 mars 2014

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