Après un an d’essais, près d’un quart des couples infertiles

21 février 2012

Les Français ne sont pas exempts de troubles de la fertilité. Selon l’Enquête nationale périnatale 2003 et l’Observatoire épidémiologique de la fertilité en France 2007-2008, entre 18% et 24 % des couples ne parviennent pas à avoir un enfant après 12 mois sans contraception. Dans un numéro spécial du Bulletin épidémiologique hebdomadaire consacré à la fertilité, les chercheurs estiment que produire des données régulières et comparables sur l’évolution de la fertilité des couples pourrait constituer un marqueur pertinent de santé, voire un témoin de l’impact sanitaire des modifications de notre environnement ou des comportements.

Le niveau relativement élevé de la fécondité en France par rapport aux voisins européens - deux enfants par femme - ne doit pas faire illusion. Des travaux réalisés par une équipe de l’Inserm à partir de deux études de population montrent que le pourcentage de couples sans grossesse après un an sans contraception avoisine 18 à 24 %, ce qui représente aux yeux des auteurs "un problème de santé non négligeable".

Deux études de population complémentaires

La fertilité des couples s’évalue en quantifiant le délai nécessaire pour obtenir une grossesse. Parmi les études réalisées en France, les chercheurs en ont réalisé deux avec des protocoles différents : l’Enquête nationale périnatale de 2003 et l’Observatoire épidémiologique de la fertilité en France 2007-2008.

La première incluait 14 187 femmes françaises ayant accouché dans l’ensemble des maternités publiques ou privées. Si 26 % des femmes sont tombées enceintes dès le premier mois sans contraception, 32 % des grossesses sont survenues plus de 6 mois après, dont 18% au bout de 12 mois et 8% au bout de 24 mois.

La seconde étude a consisté à recruter de façon aléatoire 867 femmes de 18 à 44 ans n’utilisant pas de contraception et ayant des rapports sexuels réguliers. Les résultats montrent que 6 mois après l’arrêt de la contraception, 46% d’entre elles n’ont pas obtenu de grossesse. Ces proportions étaient respectivement de 24 % et 11 % après 12 et 24 mois. "Ces taux plus élevés que précédemment sont probablement plus réalistes car ils tiennent compte de couples qui ne sont pas recrutés dans les études menées dans les maternités : ceux qui ne parviennent pas à avoir d’enfant et abandonnent leur projet parental", explique Rémy Slama, co-auteur des travaux (Unité Inserm 823 à Grenoble).

Ces données ne sont malheureusement pas comparables à des chiffres antérieurs pour mesurer l’évolution de la fertilité en France. "Il s’agit plutôt d’un point de départ. Nous avons montré la faisabilité d’une méthodologie pour évaluer la fertilité des couples", explique Rémy Slama.

Suivre la fertilité dans le temps

Pour les chercheurs, suivre l’évolution de la fertilité des couples pourrait être pertinent pour la santé publique en tant qu’indicateur de santé et pour prévoir l’évolution de la demande en termes de procréation médicalement assistée. L’Observatoire épidémiologique de la fertilité montre par exemple que près de 10 % des femmes consultent pour infertilité après un an de tentatives infructueuses. "Un système de surveillance de la fertilité pourrait reposer sur des études de population comme celles-ci, en complément du suivi de facteurs biologiques de reproduction féminin et masculin (taux d’hormones, qualité du sperme, etc.) afin de tenir compte de l’ensemble de la population en âge de procréer et pas seulement des couples désirant un enfant", estime le chercheur. Ces données pourraient même à terme, constituer une "fonction sentinelle témoin de l’impact sanitaire de modifications de notre environnement ou des comportements".


Source :
Rémy Slama, Béatrice Ducot, Niels Keiding, Béatrice Blondel, Jean Bouyer.
La fertilité des couples en France. Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire, février 2012 : n° 7-8-9


La fertilité en danger ?
Si aucune donnée antérieure n’est disponible sur la fertilité des couples en France, certains indicateurs laissent penser que celle-ci tend vers la baisse. Une étude démographique montre par exemple que le nombre de femmes déclarant une incapacité à concevoir était de 3,6 % en 1978, 6,3 % en 1988 et 11,9 % en 1994 (1). En outre, des études indiquent que la concentration et la qualité du sperme se dégradent dans certaines régions du monde et de la France. La concentration spermatique* des hommes ayant recours à la procréation médicalement assistée a par exemple chuté entre 1989 et 1994 puis entre 2001 et 2005 dans l’hexagone. En outre, la qualité du sperme chez les candidats au don de sperme se dégrade au cours du temps à Paris. Plusieurs facteurs sont susceptibles d’influencer la fertilité, l’exposition in utero à des facteurs reprotoxiques, des facteurs environnementaux (métaux lourds, perturbateurs endocriniens, pollution atmosphérique) ou encore comportementaux (surpoids - qui peut aussi en partie être causé par les polluants chimiques - tabagisme durant la vie intra-utérine ou à l’âge adulte) ou encore les facteurs infectieux. La recherche travaille activement à l’identification de ces facteurs de risque potentiels.
* nombre de spermatozoïdes pour une quantité de sperme donné


(1) Leridon H. Studies of fertility and fecundity: comparative approaches from demography and epidemiology. C R Biol. 2007;330(4):339-46.

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